Les aventures de Lily au pays des cigognes

Le site d'une maman qui cherche le chemin jusqu'à son bébé

La PMA rend laid

SorcièreAvant, j’étais une gentille fille, pas une sainte bien sûr, mais je me réjouissais du bonheur de mes amis et même de personnes moins proches.

Depuis la PMA, je me sens laide. Quand certaines pmettes affirment pouvoir se réjouir de la grossesse d’une amie ou d’une autre pmette, cela me laisse perplexe car moi j’en suis incapable. Quand je suis confrontée (le mot n’est pas trop fort, hélas) à une annonce de grossesse, mon cerveau me dit que c’est un événement heureux, mais mon cœur est immédiatement empli de la tristesse infinie de ne toujours pas avoir d’enfant.

Je suis incapable de demander à mes collègues des nouvelles de leurs enfants, comme le font toutes les personnes « normales ». Je n’arrive même pas à être polie, je suis laide.

Quand une collègue tombe enceinte, je ne fais pas partie de celles qui s’agglutinent autour d’elle pour savoir comment vont les nausées et l’échographie et le sexe du bébé. Quand le bébé naît, je ne fais pas partie de l’attroupement qui regarde les photos en s’extasiant. Je fuis. Et quand je ne réussis pas à fuir et que je me retrouve coincée au milieu d’une conversation de grossesse-bébé-enfant, je voudrais m’enterrer. Je ne pense qu’à mon chagrin, dont j’ai peur qu’il se lise sur mon visage. Je ne sais plus me comporter en société, je suis laide.

Avant, j’arrivais quand même à me réjouir pour les pmettes qui sortent victorieuses du combat. La tristesse, la peur de ne jamais vivre la même chose étaient contrebalancées par le message d’espoir que ça peut marcher. Mais maintenant, il n’y a plus de messages d’espoir. J’ai trop vu de pmettes tomber enceintes, tandis que j’enchaînais les fausses couches. Dans mon cœur, il y a de l’incompréhension. Pourquoi elles et jamais moi ? J’ai vu tellement de miracles, de cas qui semblaient désespérés et qui sont mamans aujourd’hui. Je sens la laideur s’insinuer en moi.

Il y a quelques temps, une amie m’a annoncé par sms qu’elle était enceinte de… 5 mois. J’ai sangloté. Comme un bébé. Je lui en ai voulu. Pourquoi me faire, à moi, le coup des 3 mois (et même plus) ? Mes amies, par la force des choses, suivent mes essais jour après jour. Et mon rêve à moi était aussi d’avoir trois enfants et là elle me balance une grossesse de 5 mois à la figure alors que je n’ai jamais dépassé le 1er mois ! En réalité, je sais que je suis totalement injuste. Cette amie avait eu la délicatesse de me prévenir qu’elle commençait les essais bébé et je me doutais qu’elle allait tomber enceinte rapidement puisque ses deux aînés ont été conçus en C1. Elle est tombée enceinte peu avant ma fausse couche et n’a sans doute pas su trouver le bon moment pour me l’annoncer, surtout que j’ai appris plus tard que son bébé avait une légère malformation décelée à l’échographie. Seulement voilà, la laideur a envahi mon cœur.

J’ai renoncé au bébé-couette. J’ai renoncé au bébé biologique, mélange fantasmé de nous deux. J’ai renoncé à mes gènes. J’ai renoncé à ses gènes. Toutes ces montagnes, je les ai franchies. Et pourtant, ça n’a pas suffi. Je trouve ça horriblement injuste. La vie me le devait bien. J’ai perdu ma mère à 23 ans. J’ai mis 10 ans à m’en remettre, 10 ans de ma vie volés. J’ai mis 6 ans à trouver mon prince. La vie aurait dû m’accorder un bébé-couette, même à 39 ans. Tant d’autres ont eu ce bonheur ! La vie aurait au moins dû faire en sorte que mon endomètre ne soit pas bousillé, qu’il puisse accueillir un embryon issu du don. Tant d’autres aussi ont eu ce bonheur ! Je suis une petite fille en colère, avec un cœur tout desséché d’avoir tant pleuré. Je me sens si laide !

Laide de chagrin, laide de jalousie, laide de colère, laide de désespoir !

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Rome, l’unique objet de mon ressentiment

Santa Maria Sopra Minerva - Filippino Lippi

Santa Maria Sopra Minerva – Filippino Lippi

Quel meilleur moyen qu’un joli petit voyage romantique pour déconnecter de la PMA et de mon obsession de bébé ?

Sauf que j’avais le wifi à l’hôtel et que matin et soir j’ai regardé vos blogs et le forum MAIA.

Sauf que j’ai reçu le sms (groupé tant qu’à faire le sms) d’une copine qui m’annonçait qu’elle venait d’accoucher de sa deuxième fille. Je ne savais même pas qu’elle était enceinte !

Sauf que les musées regorgent de Vierges à l’enfant avec leur sourire mystique qui te dit : « Mon bonheur est indicible, tu comprendras quand tu seras mère. »

A ce propos une théorie a jailli dans mon cerveau malade en regardant une Annonciation. Et si Marie était infertile ? Et si l’ange était l’ancêtre de ClearBlue (note que la couleur de l’ange valide ma théorie) qui lui annonçait enfin la bonne nouvelle tant attendue ? Note aussi que l’ange est plus fort que ClearBlue car non seulement il a des ailes, mais en plus il t’annonce un futur bébé et non un début de grossesse.

En tout cas moi, si un jour je suis maman, j’exige qu’un ange vienne me l’annoncer. C’est bien le moins que l’on puisse faire !

Je vous rassure, j’ai passé d’excellentes vacances à Rome, mais j’ai été frappée de constater une fois de plus à quel point toute ma vie est colorée par ce désir d’enfant, quoi que je fasse…

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Brèves de PMA

http://gallymathias.free.fr/dotclear/index.php?post/2006/06/13/7627-breves-de-comptoir

Je travaille dans un internat.

Hier soir, au moment du bisou du coucher.

Gwendoline (CE2) : Lily, on dirait que tu es une maman.

Moi : Rire jaune.

Ce matin au petit déjeuner.

Pimprenelle (CE1) : Lily, t’as une petite fille ?

Moi : Non. (cœur brisé)

Pimprenelle : J’aimerais bien que tu aies une petite fille.

Moi : Rire jaune.

A suivi une délicieuse conversation sur les accouchements par césarienne ( la maman de Pimprenelle accouche en avril ). Mmm…

Titeuf (CP) qui n’a pas perdu une miette de la conversation : Lily, t’as un bébé dans ton ventre ?

Moi : Non. (cœur brisé)

Un peu plus tard, je vais voir ma directrice pour solliciter un rendez-vous. Le rendez-vous est rapidement fixé et alors que je m’apprête à partir, elle s’enquiert de ma situation personnelle.

Moi : Hein ? Que ? Quoi ? Comment ? Comprends pas…

La directrice : Oui, les fiv !

Moi : ? ? ?

En fait, elle n’était pas supposée être au courant. Dans l’établissement, j’en ai parlé seulement aux infirmières et à deux collègues pour des raisons d’emploi du temps. J’avais choisi de garder mes problèmes personnels pour moi, en particulier car j’avais une collègue enceinte et que c’était très difficile à gérer pour moi. Je ne voulais donc pas avoir tous les yeux braqués sur moi et gêner en plus ma collègue. D’ailleurs au passage, ma collègue est en congé maternité depuis trois semaines (à mon grand soulagement) et j’ai appris il y a une semaine qu’une autre collègue a pris le relai. Chouette !

Du coup, je parle un peu de mon parcours et de ma vision un peu pessimiste de la situation. Conclusion de la directrice : Bon, c’est pas grave.

Moi : Heu… ben si quand même, un peu…

C’est sûr, quand tu as des enfants, c’est pas grave que les autres n’en aient pas…

Bref.

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Le don d’Irouwen

Ce matin (26 décembre), j’ai fait un test de grossesse. Vous savez, les tests bandelettes vendus sur Internet. Les deux fois où je suis tombée enceinte, j’avais fait un test bandelette à 12 DPO et le test avait été positif. Et là, j’ai voulu en faire un à 13 DPO, malgré les douleurs ressenties dans le ventre et dans le dos, malgré les seins peu douloureux, malgré ma certitude que mes règles allaient arriver. Et naturellement, c’est négatif. Mes trois petits embryons n’ont pas réussi à s’accrocher. Pas de magie de Noël pour moi.

Je ne vais pas vous parler de mes larmes, car je sais qu’il vous est facile de les imaginer et de les comprendre. Je ne vous parlerai pas non plus de ma peur de voir ma sœur demain avec ses deux petits bouts de choux aux yeux qui brillent, parce que ça aussi vous connaissez.

[EDIT du vendredi 4 janvier : Prise de sang le 31 décembre. Résultat le 2 janvier et sans surprise, le taux de BHCG est de 0. Et pourtant, ça fait quand même très mal… J1 hier. Vous le saviez que l’utrogestan et le provames retardaient l’arrivée des règles ? Heureusement que je me suis renseignée sur internet car mon médecin ne m’avait pas prévenue. Peut-être trouvait-il amusant de me donner de faux espoirs ?]

Non, aujourd’hui je préfère vous offrir mon cadeau de Noël. Il est en préparation depuis plusieurs semaines déjà. A vrai dire, ce n’est pas moi qui vous l’offre, c’est Irouwen, une jolie et heureuse maman de deux adorables bébés. Irouwen est devenue maman grâce au don d’ovocytes et je lui ai posé toutes les questions qui me passaient par la tête. J’avais remarqué qu’Irouwen, malgré son bonheur d’être enfin maman, n’a pas oublié pour autant son parcours difficile et toutes ces mamans encore en mal d’enfants. Elle a toujours un petit mot gentil pour encourager ou consoler les pmettes qui en ont besoin. C’est pourquoi j’ai osé lui demander de prendre sur son temps (pourtant très compté) pour répondre à mes questions. Et à ma grande joie, elle a dit oui. Voici donc mes questions et surtout les réponses d’Irouwen.

Pourrais-tu nous rappeler ton parcours ?

Pour mes 30 ans ma petite sœur attend son premier enfant. L’idée d’avoir des enfants devient une obsession pour moi. A 35 ans, je fais mes premiers examens qui montrent un taux d’inhibineB (ancêtre de l’amh) à surveiller. A 37 ans, je rencontre un nouvel amoureux qui veut bien avoir des enfants avec moi.

A 38 ans,  suite à une année sans utiliser de préservatif, nous sommes orientés par ma gynécologue vers un gynéco spécialisé PMA (Le con de médecin PMA); qui dit : « tout va bien, arrêtez d’y penser ça va venir, les femmes ont des problèmes psychologiques, etc« . Il ne pousse pas les analyses, pas d’amh de faite, il donne un traitement pour stimuler l’ovulation.

Janvier 2009, je suis enceinte, très vite des saignements, œuf clair, fausse-couche déclenchée à 7 semaines par cytotec. 2009 est une année sombre, le Con de médecin PMA ne propose rien, juste attendre, « vous avez été enceinte, ça va revenir« , d’autres stimulations simples.

Fin 2009, je n’en peux plus, sur les conseils de la psychologue du service PMA, je vais voir le médecin PMA chef du service. Même discours « rassurant » (enfin pas pour moi), « tout va bien vous êtes jeune (39 ans) ». Il programme une fiv pour le mois de juin de l’année suivante !!! J’aurais 40 ans passés !!! Et rien d’autre en « attendant », ni examens complémentaires, ni insémination artificielle. L’amh n’est toujours pas contrôlée, ce n’est pourtant pas faute de leur dire à chaque fois : « mais en 2005 déjà mon inhibine B…« . Ils ne veulent rien entendre. Et surtout le temps passe sans que nous puissions utiliser les outils de la médecine procréative.

En mars 2010, n’en pouvant plus, nous étions allés chez une autre gynéco, elle réalise une insémination artificielle qui se solde par un échec, elle ne voudra pas en faire une autre, car le traitement de blocage pour la fiv approche. Effectivement, je commence en avril le blocage pour la fiv du mois de juin, 20 jours de blocage, puis 9 jours de stimulations à 100 euros la piqûre pour un arrêt sans explications et sans rien derrière, juste « on stoppe la stimulation et il n’y aura pas de fiv, car vous n’avez que 5 follicules ». Puis en juillet 2010, le médecin PMA fait enfin les analyses de l’amh qui est effondrée. Je passe d’un coup de « tout va bien, vous êtes jeune » à « vous ne répondez pas bien à la stimulation, vos analyses sont mauvaises et vous avez 40 ans« . Il propose une autre fiv (pour nous faire taire, je crois) pour le mois de septembre 2010. Qui se soldera par un échec, ponction blanche.

Je m’étais déjà inscrite chez Maia depuis le mois de juillet 2010 et en octobre je nous inscrivais pour une tentative en don d’ovocytes à l’étranger. Première tentative en juin 2011=échec, deuxième tentative en novembre 2011= réussite.

A quel âge as-tu commencé les essais bébé ?

J’avais 30 ans

Par quelles techniques de PMA es-tu passée ?

Stimulations simples avec prises d’hormones, orales, puis par injections. Une insémination artificielle quémandée chez un autre gynécologue que mon con de médecin PMA, une fiv avec un protocole long stoppée vers la fin de la stimulation pour cause de moins de 5 follicules, une fiv protocole court stoppée après la ponction car aucun ovocyte de potable, un protocole de stimulation en vue d’un transfert d’embryons suite à une fiv-don d’ovocyte =négative, un nouveau traitement pour une nouvelle fiv-don réussie. J’ai aussi expérimenté l’homéopathie, la sophrologie, les poudres chinoises, péruviennes, les incantations aux déesses de la fertilité, bref tout un tas de trucs plus ou moins bizarroïdes…

Quand l’idée du don d’ovocyte est-elle apparue pour la première fois ?

En 2009, je commence mes recherches sur les forums, je cherche à comprendre et à trouver des solutions. J’adhère à l’association Maia en juillet 2010 après l’échec de la première fiv. Et là, je rencontre virtuellement des femmes confrontées aux mêmes épreuves que moi. Et je constate que beaucoup ont perdu un temps fou, à faire de multiples fiv, iac et autres, avant d’accéder au don d’ovocyte, et donc avant d’être enceinte. Je me dis que si je veux un jour être mère, il faut se lancer dans cette aventure le plus rapidement possible. D’autant que j’ai 40 ans.

Est-ce par l’intermédiaire d’un médecin ?

Non, les médecins ne m’ont jamais parlé du don d’ovocyte.

Comment as-tu accueilli cette idée au début ?

Comme une évidence, la solution est là. Puis comme un très grand espoir de voir, enfin, mes souffrances s’envoler, et pouvoir enfin devenir mère.

T’a-t-il fallu du temps pour te faire à cette idée ?

Non, pas besoin de temps pour me faire à cette idée dans ma tête, instinctivement, affectivement c’était la solution « miracle » et en même temps, j’ai choisi la clinique qui proposait un délai (9 mois à l’époque) entre l’inscription et la fiv. Je me disais que ce temps me permettrait de me faire raisonnablement à cette aventure. Que cela me permettrait de régler toutes les questions qui pouvaient émerger autour de cette technique et sa réalisation, la question de la non transmission de mes gènes. Et puis aussi je me suis laissé du temps, pour peut-être tomber enceinte avec mes propres ovocytes (espoirs et vieilles croyances). La veille de la première tentative en juin 2011, nous étions à Brno et là j’avais mal au cœur de penser, que j’allais faire un bébé avec les gènes d’une inconnue que je venais peut-être de croiser dans la rue sans le savoir. Je trouvais que c’était terriblement injuste comme situation.

Et le futur papa ?

Pour le futur papa, pas de soucis non plus, sauf comme moi, la veille de la première tentative.

Par quelles questions es-tu passée avant de décider de partir dans l’aventure du don ?

Je ne me suis pas posé beaucoup de questions, je suis du genre à foncer et à réfléchir ensuite.

Mais je m’interrogeais surtout, sur l’avenir des enfants, les questions qu’ils pourraient avoir, le désir qu’ils pourraient avoir de savoir qui était la donneuse, ce que pouvait être pour eux leur conception particulière.

Je trouvais donc très injuste que la France prône l’anonymat, qui est respecté par la république tchèque. Et puis, je me disais que à trop se poser de questions, nous ne ferions jamais rien et nous resterions avec notre tristesse immense.

Je me demandais ce qui était le plus important, l’aspect génétique de la vie, ou l’aspect affectif et social. Je me disais que c’était une position très égoïste, vouloir des enfants dans ce contexte. Puis je me disais que les gens normaux font aussi des enfants pour eux-même.

Le fait de renoncer à tes gènes a-t-il été difficile ?

Oui, ce n’est pas simple de renoncer à transmettre ses gènes surtout que je considère qu’ils sont exceptionnels ;-). Plus sérieusement, ce n’est pas dans la nature des êtres humains de procéder de la sorte pour se reproduire. Bien que la question soit, il me semble, largement expérimentée depuis des millénaires, concernant les gamètes mâles. Que les femelles ne se gênent pas pour mélanger comme bon leur semblent sans demander le consentement du papa officiel, social. Je pense que des générations d’enfants sont nés, grâce aux spermatozoïdes d’un autre homme, que leur père officiel. C’est tellement simple et facile de procéder de la sorte, pour les femmes fertiles.

Concernant les gamètes femelles, c’est plus compliqué. Ce n’est que récemment (au regard de l’histoire de l’humanité) et grâce à la médecine procréative que l’on peut utiliser les gamètes d’une autre femme, pour avoir soi-même des enfants. J’ai dans l’idée que l’humanité va aller de plus en plus, vers des modes de procréation innovants par choix et/ou par nécessité. Je considère que nous sommes des pionnières.

Il faut juste que les enfants issus de ces manières différentes de procréer, le vivent le mieux possible. Ce n’est pas forcément évident d’être hors des normes, mais les normes peuvent changer.

Mais si j’avais pu faire avec mes propres gènes, les questions ne se poseraient pas. Ce qui me semble important en fait, dans les gènes c’est le point de vue physique. J’aurais aimé transmettre à mes enfants mes gènes, car je considère que j’ai une bonne constitution physique. Jamais malade, pas d’acné juvénile, de beaux cheveux, de bonnes dents, une volonté de fer, un optimisme à toutes épreuves (presque)…..mais finalement tout ça ce sont des détails, que tu n’es même pas sûre de transmettre à tes enfants génétiques, car les mystères de la génétique font que les mélanges sont aléatoires.

Ce qui parfois me titille c’est que j’aurais bien aimé voir ce que le mélange de mes gamètes avec ceux de mon chéri aurait donné comme bébé. Mais la transmissions se fait surtout grâce à l’éducation, à l’histoire de la vie que tu transmets à tes enfants. Il y a des parents génétiques dont les enfants ne leur ressemblent pas du tout !

Le fait que ton chéri mélange ses gamètes avec les gamètes d’une autre a-t-il été compliqué ?

Non, il fait des enfants avec moi et c’est le biologiste qui a mélangé les gamètes mâles et femelles. A partir du moment où nous étions partis dans cette direction, si tu commences à te tourmenter l’esprit avec des choses comme ça, je pense que cela devient vite invivable. Et moi, je veux vivre, vivre avec lui et nos enfants. Peut-être qu’à cette question je répondrais différemment à d’autres moments de notre vie ?!!

Pourquoi le don plutôt que l’adoption ?

L’adoption, nous avons participé aux réunions organisées par le conseil général, c’est à décourager une armée d’éléphants. Cela me semblait encore plus long et incertain que le don. Mon conjoint, ne se sentait pas du tout à l’aise avec l’idée de l’enfant venant d’ailleurs (ayant été témoin, plus jeune, d’un échec sanglant d’adoption).

Cela me faisait vraiment mal de devoir justifier mes capacités, nos capacités, à être parents.

Mais surtout, le temps de la réalisation de ces démarches, me paraissaient terriblement long. Je ne pouvais pas rajouter des années d’attente à celles que je vivais déjà, d’autant que nous n’avons plus 20 ans; ni même 30.

Comme pour l’adoption, il y a la question des origines. T’inquiètes-tu de ne pas savoir exactement d’où viennent tes enfants ?

Je sais d’où ils viennent. Ils viennent d’un désir, d’une volonté, la nôtre, de notre couple. Et du mélange des gamètes d’une jeune femme Tchèque et de leur père, mon Chéri.

Cette question pose la question de la part du biologique, du social, de l’affectif. Ils viennent de mon ventre, après avoir commencé leur multiplication cellulaire dans une boîte de pétri. J’étais d’accord pour accueillir un enfant d’ailleurs dans le cadre d’un parcours d’adoption, ignorant tout ou presque de sa vie d’avant. Alors les petits nés du don me semblent moins mystérieux.

Appréhendes-tu les questions qu’ils vous poseront plus tard ?

Non, je  n’appréhende pas. Tous les enfants du monde se posent la question et pose la question à leurs parents, de leurs origines réelles ou mythiques. Mais j’aimerais qu’ils puissent s’ils le désirent avoir des informations sur la donneuse. J’espère que lorsqu’ils seront grands, les lois et les mentalités auront changé et qu’ils pourront, s’ils le veulent, savoir qui était la donneuse.

En tout cas nos enfants sont informés de l’histoire de leur arrivée sur terre, cela ne sera surtout pas un secret.

A quel moment as-tu décidé de passer à une fiv avec don plutôt que de faire une nouvelle tentative avec tes ovocytes ? Pourquoi à ce moment-là et pas plus tôt ou plus tard ?

Pas plus tôt, car les cons de médecins PMA que j’ai rencontrés, m’ont fait « croire » que tout allait bien et attendre (2 ans entre 38 ans et 40 ans, ce qui est largement trop tard) que ça vienne tout seul, puis attendre 8 mois avant de réaliser une fiv.

Si j’avais su dès 2008, que mes ovocytes ne donneraient rien, nous serions partis à ce moment-là vers le don d’ovocytes. Pour ça, je leur en veux encore beaucoup ! Moi je sentais que quelque chose n’allait pas, je me posais mille questions et je souffrais beaucoup. Je ne voulais pas essayer encore avec mes ovocytes, car je trouvais que nous avions perdu assez de temps comme ça. Je ne voulais plus souffrir, ni subir des traitements pour des résultats plus qu’aléatoires. Avec le don, mes chances d’être enceinte, puis mère, passaient carrément à 50 % par tentative. Alors qu’avec mes ovocytes, j’avais derrière moi des années d’essais infructueux.

Donc dès l’échec de notre deuxième fiv en France, nous nous sommes inscrits dans la clinique tchèque pour avoir une proposition de date pour la tentative. Pourtant quand nous avons rencontré les deux gynécologues parisiennes spécialisées en don, la première nous a proposé de refaire une tentative avec mes ovocytes, mais je n’ai pas voulu. Dans ma tête, il était plus que grand temps de passer à autre chose, c’était en septembre 2010.

Passons au côté pratique. J’ai lu sur ton blog que tu trouvais important d’être suivie en France par un médecin spécialisé dans le don. Je ne comprends pas en quoi une fiv avec don est médicalement différente d’une fiv classique. Peux-tu nous expliquer ?

Je dis ça, parce qu’une fois que nous nous sommes décidés pour le don, les gynécologues spécialisés en PMA par chez nous étaient incapables de faire ce qu’il fallait. Le professeur PMA qui nous avait fait les fiv, nous a juste dit, lorsque je lui demandais, s’il pouvait nous accompagner dans la démarche du don : « oui bien sûr, les sages-femmes pourront vous faire les échographies », un peu juste pour un suivi, d’autant que si les fiv classiques n’ont pas fonctionné, il faut peut-être chercher à comprendre pourquoi et pas juste se dire c’est la faute à l’infertilité inexpliquée, motif qu’ils nous donnaient pour conclure !!

Puis j’ai rencontré un gynécologue de ville, pour qu’il me prescrive le traitement lors du premier don. Il n’y connaissait rien, il disait amen aux demandes que je lui faisais concernant les médicaments. Il est parti en retraite très vite. Son collègue était pareil, il me faisait les échos et prescrivait les médicaments préconisés par la clinique. Cette tentative a été un échec. Puis je me suis décidé à monter à Paris, suite aux conseils des filles sur le forum Maia, pour rencontrer des médecins spécialisés en don d’ovocytes, spermatozoïdes, doubles dons, etc. J’ai rencontré deux femmes gynécologues spécialisées en don, pour pouvoir choisir celle qui me convenait le mieux. J’avais besoin de maîtriser un peu la situation, de choisir le médecin qui me semblait le mieux pour nous accompagner. j’avais besoin de maîtriser les choses, de choisir quelqu’un qui nous fasse du bien.

La deuxième, a été la seule médecin PMA qui a pris le temps de lire tout mon dossier avec mes examens depuis 2005, à remplir des tableaux avec l’évolution des taux des différentes hormones. La seule aussi qui a préconisé des examens complémentaires qui pouvaient mettre en évidence un problème d’infertilité et d’échec de grossesse. La seule qui a prescrit une mammographie (quand on connaît l’impact des stimulations hormonales sur le cancer du sein). La seule qui connaissait les cliniques qui pratiquent le don en Espagne, en République tchèque pour y être allée dans le but de voir comment ils travaillaient. Les examens sanguins qu’elle a prescrits ont mis en évidence des soucis avec mes anticorps, elle a mis en place un traitement adapté. Elle a su aussi réagir face à l’apparition de l’hyperthyroïdie, en m’adressant à une collègue à elle, endocrinologue et gynécologue, qui connaissait aussi les parcours don, en adaptant le traitement de stimulation pour voir comment évoluait ma tsh. Elle a mis en place, juste avant le début du blocage, un traitement d’attente, pour voir si ma thyroïde allait se calmer ou pas et si nous allions partir ou pas. Ce contre temps qui en d’autre temps m’aurait rendu dingue, m’a permis de gérer les différents rendez-vous médicaux et les décisions qui en découlaient et de commencer quand même finalement le traitement, avec un peu de retard mais sans conséquence sur le protocole de la clinique et avec en prime une belle réussite à la clef. Elle maîtrise la question, elle n’est pas la seule, d’autres gynécologues s’intéressent aux fiv qui sortent de l’ordinaire et proposent des protocoles vraiment adaptés aux problèmes rencontrés par les couples.

Ce qui change aussi, c’est qu’ils travaillent de façon partagée. La clinique qui se trouve à l’étranger à des milliers de kilomètres préconise un traitement, le gynécologue doit partager son savoir, ses compétences avec cette clinique à l’étranger pour la réussite de la grossesse de la patiente. Pour moi, elle a adapté le traitement préconisé par la clinique, suite à l’apparition de l’hyperthyroïdie et des anticorps, elle m’a téléphoné le soir chez moi pour prendre de mes nouvelles. Elle a assuré, je me suis sentie comprise, en confiance, soignée, suivie et nous avons réussis à être enceinte et à avoir deux beaux bébés.

Pourquoi avoir choisi de faire ta fiv avec don à l’étranger plutôt qu’en France ? 

Délais d’attente trop longs en France, de plus le médecin Fiv nous a clairement dit « à votre âge, vous n’êtes pas prioritaire. » D’ailleurs je m’étais renseignée directement et depuis un moment pour le don à l’étranger. Je voulais aller vite et bien. Je cherchais à aller mieux, à retrouver goût à la vie et ce n’est pas avec le ceccos et ces délais impossibles que j’allais pouvoir obtenir ça. De plus, dans notre CHU ils ne pratiquaient pas le don d’ovocytes. Donc le don à l’étranger a de suite été la solution.

D’ailleurs était-ce vraiment un choix ?

Les solutions proposées ne sont pas du tout les mêmes : rapidité et efficacité à l’étranger contre lourdeur et longueur avant un possible essai en France (des années d’attente !!! Non merci pas possible). D’autant que le doc fiv nous avait dit que nous n’étions pas prioritaires en France vu notre âge !!! Ségrégation !!! Le choix est donc vite fait.

Comment choisir le pays ? Quels ont été tes critères ?

Le prix, l’organisation de la tentative, les retours sur la prise en charge. Pourquoi finalement la République Tchèque ? J’ai choisi la République Tchèque, car sur le forum Maia les retours sur la prise en charge étaient super positifs. Accueil humain et chaleureux, ce dont j’avais besoin après avoir été maltraitée en France. Prix moindre qu’en Espagne. De plus, l’Espagne me paraissait être comme un grand « supermarché à bébés ». Tu t’inscris et après 2 mois, hop tu peux faire une tentative à 8000 euros. Je n’avais pas les moyens d’engager 8000 euros, surtout lorsque je pensais que cela pourrait ne pas fonctionner du premier coup et qu’il faudrait de nouveau payer 8000 euros. Et j’avais besoin de rêver un peu, la République tchèque me semblait faire moins « supermarché à bébés ». En République Tchèque, le tarif était moitié moins. De plus, en passant par l,association le tarif est un peu réduit aussi.

De plus l’organisation tchèque permettait de s’organiser longtemps à l’avance, car la tentative était programmée des mois à l’avance. Tu sais que telle semaine, il faudra être là-bas pour le mélange des gamètes, puis pour le transfert, donc tu t’organises à l’avance, les billets d’avion sont moins chers payés à l’avance, tu poses des congés, tout est planifié en amont et ça c’est rassurant, pour moi ça l’a été. Alors qu’en Espagne les exemples que j’avais disaient que les gens étaient appelés au dernier moment, et devaient sauter dans un avion du jour pour le lendemain. Gregor Mendel l’inventeur de la génétique chez les petits pois était tchèque.

Selon les pays, quelles sont les différences ? Les tarifs ? Les délais d’attente ? Des limites d’âge ? Des moyens techniques ?

Les techniques sont les mêmes partout, ensuite les législations peuvent différer, par exemple enRépublique tchèque, je crois qu’ils ne font pas de fiv pour des femmes seules. Les tarifs sont à disposition sur les différents sites internet des cliniques.

Que savez-vous de la donneuse ?

Son année de naissance, la couleur de ses yeux, de ses cheveux, son groupe sanguin tout ça annoncé le jour du mélange des gamètes. Il y a d’autres cliniques où tu peux choisir à l’avance ta donneuse entre plusieurs propositions. J’ai eu l’opportunité dans une autre clinique de devoir choisir et bien j’ai trouvé ça plus compliqué.

Comment est-elle choisie ?

Dans la clinique où je suis allée, ce sont des critères physiques de ressemblance avec la future maman et puis son groupe sanguin.

Peux-tu nous raconter tes aventures ?

Hou là  là là, cela serait trop long, il faut aller voir sur mon blog en mai-juin 2011 pour la première tentative, puis en octobre-novembre 2011 pour la deuxième. En tout cas nos deux voyages se sont bien passés. La République Tchèque est un pays agréable, les gens sont calmes. Nous avons vu de belles choses à Prague notamment.

Et maintenant, c’est comment la vie d’après ?

Elle file à 100 à l’heure mais j’aime ça. Je me sens bien à ma place, dans mon rôle.

Le fait que tes bébés viennent du don, est-ce que ça change quelque chose maintenant qu’ils sont là ? Est-ce que tu y penses ?

Oui, j’y pense. Pas tout le temps non plus. Mais quand les gens disent : « oh comme il ressemble à….. ». Ou lorsque le pédiatre nous demande si, dans la famille il y a des allergies, des problèmes de vue, du côté des gènes paternels nous savons, mais du côté des gènes maternels nous ne savons pas. Cela fait partie de notre histoire à nous. J’espère qu’ils seront heureux.

La semaine dernière une dame m’a dit : « votre fille ressemble beaucoup à son papa et votre fils c’est à vous qu’il ressemble », comme quoi !! J’avais envie de lui rappeler, car elle connaissait l’histoire de nos enfants (c’est la sage-femme libérale qui m’avait suivie au retour à la maison suite à  l’hospitalisation pour MAP). Mais je n’ai pas dit ce que je pensais lui dire. Je sais que mes enfants vont me ressembler, car  leurs attitudes, leurs mimiques, leurs gestuelles seront copiées sur les miennes et celles de leur papa.

Alors, heureuse ou pas ?

Je suis totalement heureuse, amoureuse de mes petits bébés. Mais si j’avais su plutôt que mes ovocytes étaient inaptes à la procréation, je serais partie beaucoup plus tôt à l’étranger pour un don d’ovocyte et j’aurais plus que deux bébés. Je voudrais encore pleins d’autres enfants !!!!!

Alors voilà. Je ne sais pas vous, mais moi je suis toute émue. J’espère que cette interview aidera celles qui comme moi se posent plein de questions sur le don ou celles qui n’y pensaient pas mais qui maintenant vont peut-être y réfléchir.

Mille mercis à Irouwen pour sa générosité et sa sincérité ! ! !

Allez faire un tour sur son blog très attachant si vous ne le connaissez pas déjà. Personnellement, il me donne beaucoup d’espoir. Lisez en particulier le billet du 31 octobre 2012.

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Mes espoirs se sont envolés

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Nos cinq embryons ne se sont pas developpés jusqu’au stade de blastocystes.

Je ne sais pas quoi dire d’autre.

Je pleure parce que cette FIV a échoué, mais surtout parce que je ne pense pas que ça marchera un jour. Comment espérer encore un bébé alors que tous les embryons ne vont déjà pas au delà de cinq jours ?

Aujourd’hui, la collègue qui travaille avec moi va faire sa première échographie. Elle m’a appris sa grossesse il y a deux jours. Je n’ai même pas pu lui dire pour moi, c’est resté coincé.

Je suis prof dans un nouvel établissement. Tous les jours, je m’occupe des enfants des autres. Et au moins une fois par semaine, un collègue me demande si j’ai des enfants. Deux fois déjà, l’ATSEM m’a fait le sketch de « Si j’étais en âge de faire des enfants maintenant, je n’en ferais pas. »

Bien sûr. Facile à dire quand on a déjà des enfants.

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J’en parle à mon travail ou pas ?

J’ai testé les deux et voici ce que ça a donné.

Mais il faut d’abord que je vous dise que je suis enseignante en maternelle. Félicitez-moi au passage pour mon judicieux choix de carrière ! Quand on n’arrive pas à avoir un enfant, la maternelle, il y a des jours où ça remue « légèrement » le couteau dans la plaie…

En 2010-2011, je n’en ai pas parlé. Quand je suis tombée enceinte en février, je n’ai rien dit car je voulais attendre que le premier trimestre se passe. Et quand j’ai fait ma fausse couche à 9SG, je n’ai rien dit non plus. Sans doute parce que j’avais trop de peine pour en parler et que j’estimais que ça ne regardait que moi. Je précise que c’était ma première (et unique) année dans cette école, je n’étais donc pas spécialement proche de mes collègues. Avec la directrice, ça s’est plutôt mal passé. Elle ne l’a pas dit ouvertement, mais comme j’ai eu des absences que je ne justifiais pas, elle m’a fait sentir qu’elle me prenait pour une petite flemmarde qui n’avait pas une haute idée de ses responsabilités. Un jour, elle m’a envoyé un SMS en me demandant si j’étais bien certaine d’avoir besoin de cet arrêt, car cela posait des problèmes d’organisation, qu’il n’y avait pas de remplaçant, que pour les enfants ce n’était pas bien blablabla. Merci de me faire culpabiliser, comme si j’étais en arrêt par plaisir (et comme si c’était de ma faute s’il y avait une pénurie de remplaçants, mais ça c’est une autre histoire).

En 2011-2012, nouvelle école. J’ai saigné en tout début de grossesse la première semaine de la rentrée. Mon médecin m’a arrêtée en espérant m’éviter la fausse couche, mais en fait non. Histoire de ne pas revivre la mauvaise ambiance de l’année précédente et d’éviter les mauvaises interprétations, j’ai joué la transparence avec ma directrice. Et ça s’est très bien passé. Et quand il a fallu que j’obtienne des autorisations d’absence pour mes RV en PMA (car évidemment, je ne pouvais pas choisir mes jours de consultation), elle a signé les papiers sans problème. D’un côté, la transparence est plus confortable, mais d’un autre côté, ça n’a pas toujours été agréable de voir mon intimité dévoilée à des collègues que je connaissais à peine (même si elles ont été charmantes).

L’année prochaine (encore une nouvelle école), je pense que je serai obligée d’en parler à cause de mes RV PMA, mais je sais que cela va me coûter d’exposer ma vie privée. J’imagine le premier contact. « Bonjour cher directeur ! Je suis la nouvelle maîtresse et je ne peux pas avoir d’enfant. D’ailleurs, je serai absente la deuxième semaine pour un RV PMA. » Super pour l’ambiance ! Trop hâte.

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Quand les autres en ont…

C’est la charmante Kaymet du joli blog Un enfant peut(-)être qui m’a inspiré ce billet.

Je me suis souvenu de celle que je considérais comme ma meilleure amie. Je l’ai rencontrée à une époque où je désespérais de rencontrer un jour l’âme sœur. J’étais soit seule, soit mal accompagnée. J’étais doublement triste. Non seulement, je n’avais toujours pas rencontré l’homme de ma vie, mais en plus, les années défilant, cela remettait aussi en question mon rêve d’être maman un jour.

Nous étions très complices. Nous discutions de tout, il n’y avait pas de tabous. C’est surtout cela que j’appréciais dans notre relation. Et naturellement, souvent, nous plaisantions sur nos déboires amoureux.

Et puis un jour, elle a rencontré son prince. Et peu de temps après, elle est tombée enceinte. Son fils est né. Et elle est tombée enceinte à nouveau. J’étais très contente pour elle. Mais ma situation à moi n’évoluait pas.

Et c’est ce décalage (enfin je crois) qui a eu raison de notre amitié. Elle me donnait de moins en moins de nouvelles. Un jour, je lui ai téléphoné et j’ai eu la sensation bizarre que j’étais une étrangère pour elle. Comme elle était occupée, elle m’a dit qu’elle me rappellerait le soir-même. L’appel n’est jamais venu. J’ai cru qu’elle allait m’envoyer un mot pour m’annoncer la naissance de sa fille. Eh bien non. Je lui ai envoyé un mail peu de temps après pour lui annoncer que j’étais admissible à un concours qui allait changer ma vie. Pas de réponse.

J’ai eu beaucoup de peine et je me suis posé plein de questions, surtout que nous n’avons jamais eu d’explications. Mon mari a une théorie sur les relations. Il dit qu’on reste ami avec une personne si elle nous apporte quelque chose de positif. Tant que nous enchainions les histoires amoureuses improbables, nous nous apportions mutuellement le soutien et le réconfort dont nous avions besoin. Mais quand elle a rencontré son prince, je ne faisais que lui rappeler une situation qui faisait pour elle partie du passé. Et elle, elle vivait devant mes yeux la vie que j’aurais aimé vivre. Nous n’avons plus réussi à communiquer. C’est comme si nous vivions sur deux planètes différentes.

Bizarrement, peu de temps après notre « rupture », j’ai réussi le concours qui m’a permis d’exercer un métier qui me plaisait et de dire adieu à ma vie de petits boulots sans avenir. Et quelques mois après, j’ai rencontré mon futur mari… Moi qui avait partagé mes peines avec elle, j’ai regretté de ne pas avoir pu partager aussi mes joies.

Mais la question de Kaymet était de savoir si nous pouvions être amis avec de jeunes parents. Je pense que c’est très difficile. Car ils ne peuvent pas savoir (s’ils ne sont pas passés par là) ce que nous vivons et ils n’ont pas du tout envie de s’imaginer à notre place. De notre côté, nous aimerions tellement être à leur place, que nous sommes obligés de mettre une certaine distance pour nous protéger. Les parents aiment que l’on s’attendrissent sur leurs charmants bambins. Seulement, nous, si nous nous attendrissons, nous fondons en larmes. Mais je ne pense pas non plus que cela soit totalement impossible.

J’ai l’exemple de ma sœur. Elle s’est mariée dans ma période No Love’s Land. Elle a eu sa fille juste après ma rupture avec mon ex. Elle a eu son fils juste avant ma première fausse couche. Difficile de ne pas être plus en décalage. Et pourtant, elle a su me donner une place. Je ne me sens pas étrangère, je suis la Tata de ses enfants. Bien sûr j’ai souvent eu la gorge nouée et les larmes aux yeux en la voyant avec ses bébés, mais je me suis toujours sentie exister. Je l’écoute me parler de ses enfants et elle s’intéresse à mon parcours PMA. C’est un échange.

La bonne nouvelle, c’est que nous ne pouvons être amis qu’avec des personnes exceptionnelles. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y en a pas beaucoup.

Vous ne me voyez pas, mais tout en écrivant ce billet, je pleure. Mes règles sont arrivées. La deuxième stimulation a donc échoué. Je pleure aussi car il y a quelques jours, j’ai lu que le taux de réussite des FIV à 40 ans était de 5 % et je misais beaucoup sur la FIV pour optimiser mes chance d’être maman. J’ai besoin d’une petite lueur d’espoir et je ne la trouve pas.

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