Les aventures de Lily au pays des cigognes

Le site d'une maman qui cherche le chemin jusqu'à son bébé

Retour vers le présent

Le présent, c’est avoir passé le cap des 37 SA, donc celui de la prématurité depuis lundi. (Qui l’eut cru ? Pas Droopy ni le Pr Diabolo en tout cas…) C’est avoir le vertige et ne pas réaliser que la prochaine étape est la naissance maintenant. Le temps s’écoule de manière très subjective. Il y a d’abord eu six ans interminables à me demander si un jour je serais maman, puis un premier trimestre qui n’en finit pas tant j’avais peur de revivre une fausse couche précoce, ensuite un deuxième trimestre comme suspendu entre le bonheur de n’avoir jamais été aussi près de mon rêve et la menace de la fausse couche tardive et enfin un troisième trimestre qui passe à la vitesse de l’éclair. L’impression de vivre seulement maintenant une grossesse normale, alors que peut-être elle l’était depuis le début.

Le présent, c’est réaliser petit à petit (mais vraiment très doucement) que mon petit lilyputien va bientôt sortir de mon ventre. Comment est-ce possible ? J’ai attendu six ans cette grossesse et maintenant elle durerait neuf mois comme pour tout le monde ? Mon cerveau a du mal à prendre en compte la nouvelle normalité de ma situation. Ce qui est étrange, c’est que pendant toutes ces années, j’ai rêvé d’avoir un bébé, mais pas du tout d’être enceinte, ça ne me faisait pas fantasmer. Et maintenant, je suis presque certaine que j’aurai le blues du petit bidon et de toutes ces sensations magiques.

Le présent, c’est se décider enfin à préparer sa valise pour la maternité. C’est que je ne veux pas accoucher maintenant, moi ! Je veux encore pouvoir en profiter un peu. Et puis, il y a tous ces projets de couture que j’ai commencé très tardivement pour cause d’angoisse et qui ne sont pas du tout finis…

Le présent, c’est s’émouvoir devant une lessive de petites chaussettes et de bodies. C’est pleurer en recevant les étiquettes pour marquer le linge avec son petit nom dessus. C’est caresser en rêvant les jolis meubles de la chambre bleue. Et c’est aussi avoir peur subitement qu’il arrive une catastrophe et que cette chambre n’accueille jamais de bébé.

Le présent, c’est mon petit lilyputien qui fait la fiesta tous les soirs. Et même si parfois ce n’est pas agréable, cela me fait fondre.

Le présent, c’est de me dire que malgré toutes ces années d’attente et de tristesse, je considère que j’ai une chance incroyable de vivre tous ces moments.

Vous toutes qui attendez depuis trop longtemps, je vous souhaite le même bonheur. Et n’oubliez pas que la chance peut vous sourire à tout moment, même quand vous vous y attendez le moins.

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Petits blops

Depuis la fin du premier trimestre, surtout depuis le rendez-vous avec le Pr Diabolo, je guette les moindres sensations dans mon ventre qui pourraient me donner la preuve que ma grossesse est toujours évolutive.

Le moindre gargouillis me fait tressaillir, puis je redescends sur terre en me disant qu’il s’agit plus sûrement et moins glamoureusement de gargouillis digestifs.

La seule chose nouvelle, que je ne m’explique pas trop, est que je sens mon ventre vivant, comme si je percevais les flux sanguins.

Et puis, le 22 février 2017, à 19 SA + 3, je sens un blop, comme une bulle qui éclate, mais une sensation différente de tout ce que j’ai connu. Alors, peut-être… Le lendemain, je vois ma sage-femme et un nouveau blop éclate alors qu’elle a une main sur mon ventre et elle me confirme qu’il s’agit bien de mon petit lilyputien ( loLo 😉 ) !

Une toute petite sensation, mais un très grand effet !

C’est ce qui m’a le plus rassurée pendant cette longue période d’angoisse, tous ces mouvements de plus en plus fréquents et de plus en plus forts. C’est quelquefois très bizarre de sentir cette petite chose vivante dans son ventre, mais c’est surtout très émouvant. Combien de fois me suis-je dit que je ne connaîtrais peut-être jamais cette sensation ? Depuis ce jour, j’essaye de profiter de chaque moment, malgré mes angoisses. Ces moments-là seront toujours gravés en moi, personne ne me les enlèvera.

 

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Grossesse à risque

Grâce à un désistement, nous avons heureusement réussi à avoir un rendez-vous rapidement avec le Pr Diabolo, spécialiste des grossesses à risque.

Nous sommes le 21 janvier 2017, je suis à 12 SA + 6.

Le Pr Diabolo ne ressemble pas du tout à ce qu’on imagine d’un grand professeur. Il est rigolard et utilise un registre de langage très familier. C’est déroutant.

Le Pr Diabolo estime que je n’ai pas besoin d’être cerclée dans l’immédiat (ouf !), mais que Droopy devra surveiller mon col tous les 15 jours. Ça veut dire que je vais peut-être avoir une petite échographie tous les 15 jours. Pour la flippée que je suis, c’est presque une bonne nouvelle, ça !

Le soulagement fut de très courte durée puisque le Pr Diabolo nous dit qu’il ne croit pas que je mènerai ma grossesse à terme, qu’il serait content si j’arrivais à 32 SA. Je suis sous le choc. Même si un accouchement prématuré est toujours une possibilité, c’est autre chose de se dire que c’est une quasi-certitude. Je lui demande si, comme on me l’a dit, j’ai un risque accru de pré-éclampsie parce que j’ai bénéficié d’un double don. Il répond : « On s’en fout. Si on doit vous déclencher à 32 SA, c’est super ha ! ha ! ha ! vous voyez ce que je veux dire ? » Et comme si je n’étais déjà pas suffisamment décomposée, il m’explique ensuite que les utérus en Y (même opérés) sont susceptibles d’avoir un problème d’élasticité. Au bout d’un moment, l’utérus s’arrête de grossir et suivant le moment où ça arrive, c’est la fausse couche tardive ou l’accouchement prématuré, tout ça dit avec un large sourire. Je me dis que c’est bizarre car personne pendant toutes ces années de pma ne m’a parlé de ce problème d’élasticité. Par ailleurs, si j’ai fait cette hystéroplastie d’agrandissement, c’était justement pour éviter une fausse couche tardive.

Je suis ressortie assommée avec un gros nuage noir au-dessus de la tête. A partir de ce jour-là, j’ai arrêté de me projeter. Finies les bouffées d’émotion en m’imaginant bientôt maman…

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Première échographie officielle, le Graal… ou pas

Nous sommes le 17 janvier 2017, je suis à 12 SA + 2 et c’est le jour de la première échographie officielle.

J’ai passé cette attente en alternant les périodes d’angoisse (et si tout était fini sans que je m’en sois rendu compte ? Je regardais 20 fois par jour le fond de ma culotte pour voir s’il n’y avait pas une trace de sang…) et les moments d’émotion avec les larmes aux yeux en pensant que j’étais peut-être en train de devenir maman.

Je pensais naïvement que si cette échographie se passait bien, j’allais pouvoir respirer et être allégée de la plus grosse partie de mes angoisses. Pendant toutes ces années, l’écho T1 représentait le Graal, un objectif qui me paraissait inaccessible, mais qui, si je l’atteignais, m’autoriserait à me réjouir et à annoncer la bonne nouvelle à tout mon entourage.

Sauf que voilà…

Quand je me suis allongée sur la table d’échographie, mon cœur battait tellement fort que j’avais l’impression que tout le monde pouvait l’entendre. Et puis j’ai entendu le petit cœur et un énorme poids s’est envolé de mes épaules. Il était toujours là ! Le reste de l’échographie s’est bien passé, toutes les mesures étaient dans les normes. C’est alors que Droopy, mon nouveau gynécologue supposé me suivre pendant ma grossesse, a pris la parole, d’un air très grave : « On vous l’a dit que c’était une grossesse à risque, n’est-ce pas ?«  Gros blanc. « Ben heu… non, pas vraiment… » J’avais justement demandé à Cérès si j’avais des risques particuliers à cause de mon utérus après le premier trimestre. Elle m’avait répondu que mon utérus opéré n’était pas plus problématique que celui d’une femme ayant eu une césarienne. Donc, je ne m’attendais pas du tout à cette question qui a bien plombé l’ambiance.

Il me demande d’aller voir un spécialiste des grossesses à risque (gloups) pour savoir si je dois avoir un cerclage. Comme je connais les risques de fausse couche associés à la pose d’un cerclage, je commence à verdir. Je lui demande pourquoi il pense que j’ai besoin d’être cerclée. Il me répond que c’est à cause de mes 4 fausses couches (pourtant précoces) et de mon utérus en Y (pourtant opéré). Je dois aussi consulter une endocrinologue car ma glycémie à jeun est un peu haute (1,03), mais ça, ça m’est bien égal.

Alors voilà, l’échographie s’est médicalement bien passée, j’ai ma déclaration de grossesse en poche et pourtant, l’angoisse est toujours là, peut-être même un peu plus forte.

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Premières larmes

Et le 6 janvier 2017 est arrivé…

Cérès nous a accueilli par un « on fait l’échographie et on discute après, c’est ça ? » Oui, oui, c’est ça !

On a vu un embryon de 38,6 mm à 8 SG + 5. Cette fois-ci, j’ai reconnu le petit cœur qui bat. Et surtout il bougeait, comme s’il nageait sur le dos. On voyait des ronds à la place des mains et des pieds, comme un petit nounours. De le voir bouger, de le voir tellement vivant, j’en ai versé quelques larmes. Dans ma tête, à ce moment-là, pour la première fois depuis une éternité, il y avait un « peut-être que peut-être… » En revenant dans le cabinet, j’avais les mains qui tremblaient.

Mon chéri a demandé à Cérès quelles étaient nos chances que tout se passe bien maintenant. Elle a répondu : 90 %. Elle dit que la plupart des fausses couches qui se manifestent à la fin du premier trimestre, on les auraient vues si on avait fait une échographie vers 8 SA. Pour elle, un embryon de bonne taille avec un battement cardiaque vers 8 SA est de très bon augure.

Ce fut ensuite le moment des adieux. J’étais tellement bouleversée que je n’ai réussi qu’à dire : « Merci ». Mais j’ai vu à son regard que mon visage avait su exprimer ce qu’il y avait dans mon cœur. Une page de plus de trois ans qui se tourne. C’est tellement irréel. Je serre contre moi l’image de mon petit nounours pour essayer de m’imprégner de cette nouvelle réalité.

En rentrant, mon chéri a dit : « Pourquoi elle a dit 90% ? Ce n’est pas bien de donner de faux espoirs ! » Et puis en regardant sur internet, il a vu qu’elle n’était pas la seule à avoir cet avis sur l’écho des 8 SA. Alors ses yeux se sont mis à briller. Je désespérais de les revoir briller un jour et pourtant cela m’a fait peur car moi, je pensais aux 10 %…

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Les annonces… par les autres

J’ai aussitôt annoncé à mon père et ma sœur que je ne pourrai pas passer Noël avec eux cette année. Ils savaient déjà que j’étais enceinte (j’ai le droit d’utiliser ce mot-là ?) car ils ont suivi tous nos voyages depuis le début. Ma sœur veut tout de suite savoir ce qu’elle doit dire à ses enfants, si elle doit leur dire pourquoi je ne serai pas là à Noël. Bien sûr que non, tu ne vas pas leur dire que je suis enceinte (heu… j’ai le droit ?), c’est beaucoup trop tôt ! ! ! Sauf que…

Avant qu’elle ait le temps d’en parler à son mari, mon beau-frère avait déjà pris l’initiative WTF d’expliquer à sa fille de même pas 9 ans et à son fils de même pas 6 ans que Tata ne passerait pas Noël avec eux car elle avait un bébé dans son ventre. Haaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! Sérieusement ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?  à même pas 6 SG ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?

Je me suis sentie trahie. J’avais fait le choix de les tenir informés de mes voyages (à vrai dire, j’avais hésité à en parler pour le dernier transfert) car je pensais pouvoir leur faire confiance. Je pensais qu’ils avaient pris la mesure de notre souffrance pendant toutes ces années. Comment ont-ils fait pour « oublier » mes 4 fausses couches précoces ? ? ?

Jusqu’ici, mon neveu et ma nièce ne m’ont posé aucune question sur le fait que nous n’avons pas d’enfant et c’était un réel soulagement. Comment je vais faire pour affronter leurs petits regards tristes et pleins d’incompréhension si jamais ça tourne mal une fois de plus ?

Et puis, si jamais cette sixième grossesse était celle dont je rêve depuis si longtemps, ça veut dire qu’on vient de me voler l’annonce dont je me faisais une telle joie. J’imaginais une annonce avec beaucoup d’émotion quelles qu’auraient été leurs réactions. Je pensais avoir droit à ce moment magique. Il faut croire que non.

Cerise sur le gâteau, j’ai appris un peu plus tard que mon père, à qui j’avais pourtant expliqué à quel point j’étais déçue (et le mot est très faible) de la « boulette » de mon beau-frère, a cru bon d’annoncer quelques jours plus tard ma grossesse à ma tante et à une amie proche. Quand j’en ai parlé avec lui, il m’a répondu : « Mais tu ne dis rien aussi ! » Heu… c’était fait exprès. Si la plupart des personnes attendent la fin du premier trimestre pour en parler, c’est qu’il y a une raison. Et justement, cette raison, je l’ai déjà vécue 5 fois… Et encore une fois, je ne comprends pas ce nouveau concept de faire ce genre d’annonce à la place du couple concerné !

Qu’est-ce qui ne va pas dans ma famille ?

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Le rendez-vous du petit cœur qui bat…

Après une éternité, le 16 décembre est arrivé. Comment vous décrire mon état ? Une boule dans la gorge, les pensées figées, la respiration difficile… Les 30 minutes de voiture pour aller jusqu’au cabinet de Cérès ont été interminables, avec comme une impression d’aller à l’échafaud. C’était la première fois que j’allais à ce rendez-vous sans avoir la certitude que ma grossesse était arrêtée. Ma vie allait-elle basculer ou allais-je m’effondrer une fois encore ?

J’ai croisé Cérès dans l’entrée de cabinet. Et quand ça a été enfin mon tour, elle m’a demandé si ça allait, si je n’avais pas eu de saignements. Je lui ai dit que je n’avais eu aucun signe alarmant. Elle a dit que je lui avais fait peur car en voyant ma tête dans l’entrée, elle avait craint le pire.

Nous sommes tout de suite passés à l’échographie. J’ai vu une tache blanche à l’écran. J’ai eu un doute. Était-ce un embryon ? Ou un bout d’embryon, suite à une fausse couche en cours ? J’ai essayé de voir s’il y avait un clignotant. Je n’ai rien vu. Cérès a ensuite mis le son. J’ai entendu un battement, mais, incroyable mais vrai, j’ai cru que c’était le battement de mes artères utérines qu’elle avait l’habitude de vérifier lors du contrôle de l’endomètre ! Quand on a enfin compris de quoi il s’agissait, que tout allait bien, Cérès s’est gentiment moqué de nous : « Cachez votre joie tous les deux ! » Elle n’avait pas dû voir souvent dans cette situation un couple avec si peu de réactions ! Bien sûr c’est une étape que nous n’avions jamais franchie et donc un immense espoir. Mais comment crier victoire à 5 SG + 5 ? Surtout après quatre fausses couches précoces…

Ensuite Cérès m’a donné des documents concernant les précautions à prendre pour éviter la toxoplasmose, la listériose et le cytomégalovirus. J’ai aussi eu un calendrier de grossesse avec toutes les dates où je devais faire mes échographies. Il y avait aussi écrit : DPA le 06/08/17. De la science-fiction pour moi. J’avais l’impression de vivre dans un monde parallèle.

J’ai demandé à Cérès, en me doutant un peu de la réponse, si je pouvais passer Noël chez mon père à cinq heures de route en voiture. La réponse a été non. Déçue bien sûr, mais rêvant au Noël suivant qui serait peut-être magique…

Cérès nous a proposé de nous revoir une fois pour une écho en attendant la première échographie officielle. Oui, oui !

Alors voilà, je suis sortie du cabinet, un peu sonnée, avec dans le ventre un embryon de 13,8 mm et un petit cœur qui bat à 140 bpm !

J’ai posé sur la table de mon salon le cliché avec notre petit embryon qui ne ressemble à rien et son électrocardiogramme. En attendant le prochain rendez-vous avec Cérès, le 6 janvier, je m’accroche à cette image pleine d’espoir, qui me prouve que je n’ai pas rêvé cette journée.

 

 

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Et l’homme dans tout ça ?

L’homme est une bête étrange qui prend un malin plaisir à désespérer quand j’espère et inversement.

Comme je vous l’ai dit, pendant le voyage, alors que je m’attendais à l’entendre soupirer et traîner des pieds, il a été tout à fait charmant et attentionné. Pourtant je savais que pour lui, c’était le dernier voyage et peut-être même le voyage de trop dans la mesure où il avait abandonné tout espoir.

De retour chez nous en revanche, c’est comme s’il ne s’était rien passé. Le sujet était clos. Quand je lui parlais, parce que je ne pouvais pas m’en empêcher, de mes craintes car j’avais ressenti tel ou tel truc qui pourrait peut-être être mauvais signe, il me faisait comprendre de façon à peine voilée que de toute façon il ne fallait pas trop espérer.

Quand je lui ai dit que la prise de sang était positive, il a dû me répondre un truc du genre : « D’accord. On mange quoi ce soir ? »

Quand je lui ai dit que le deuxième taux avait doublé, il a à peine tourné la tête de son ordinateur et ne m’a même pas demandé mes taux. (Alors que les autres fois, il faisait des courbes et vérifiait sur internet que j’étais dans les normes. Il me rassurait quand je trouvais mes taux un peu bas ou ne doublant pas assez franchement.)

Quand je lui ai dit que le troisième taux avait doublé, il m’a quand même demandé les chiffres tout en enchaînant sur une phrase pessimiste.

Je ne lui ai pas parlé de mes espoirs suscités par mon premier taux largement plus haut que d’habitude et mes x2,5. J’ai compris qu’il se protégeait et j’ai croisé les doigts pour que finalement il ait une bonne surprise. Je pense à ce jour de 2011 où, pour la première fois, je tenais en main un test de grossesse positif. Je ne savais pas comment il allait réagir, car nous pensions tous les deux qu’à mon âge, j’allais mettre des mois à tomber enceinte. J’avais peur qu’il ne soit pas prêt. Mais au-delà de la surprise, j’ai surtout vu ses yeux briller. Alors, depuis ma première fausse couche, je n’ai qu’une envie : les revoir briller un jour.

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Sixième attente

attente

On pourrait croire qu’on s’habitue, mais pas du tout.

A J5 post transfert, j’avais l’impression d’attendre depuis une éternité.

Pour apprivoiser la douleur de l’échec, j’ai à chaque fois le même rituel. Prendre la claque d’un négatif dans la figure en lisant les résultats du labo me semble au-dessus de mes forces. J’ai l’impression que mon cœur n’y résisterait pas. Alors, je procède par étapes.

 

Étape 1 : le test bandelette (acheté ici par exemple):

Pourquoi un test bandelette ? Parce que ce n’est pas cher, on peut donc en faire plein. Parce que si c’est négatif, on peut toujours avoir l’espoir que le test est défectueux ou pas assez fiable. Règle d’or : toujours toujours faire ce test trop tôt. Comme ça si c’est négatif, on ne peut pas exclure qu’il soit positif le lendemain ou le surlendemain. Bien sûr plus les jours avancent et plus un test négatif sent le roussi, mais la mauvaise nouvelle arrive petit à petit, donc on peut l’apprivoiser jour après jour. A ce stade, vous vous dites sûrement soit que je suis géniale, soit que je suis cinglée. Hmm… Ne répondez pas !

 

Étape 2 : le test ClearBlue digital

Pourquoi digital ? Pour ne pas se prendre le chou : on la voit là la deuxième barre ou pas ? elle est assez foncée ? Bien sûr, on ne passe à cette étape que si on a pu voir un deuxième trait à l’étape précédente. Grâce à ma méthode de génie (ou de cinglée) je me suis épargné à chaque fois de lire les mots « pas enceinte ». Même quand je le sais, la lecture de ces mots me semble beaucoup trop cruelle.

 

Étape 3 : la prise de sang en laboratoire

Quand on est en PMA, cette étape est obligatoire, même quand on est certaine à 100 % d’avoir le ventre vide. Le gynécologue et la clinique ont besoin d’une preuve écrite. Je crois que j’ai toujours fait le premier test à J10 post transfert. Ensuite tous les deux jours jusqu’à ce que Cérès me dise d’arrêter.

 

Et en pratique ?

Cette fois-ci, j’ai battu un record puis que j’ai commencé les tests bandelettes à J5 post transfert. Oui, oui, oui, je suis folle. Mais le plus fou dans l’histoire, c’est que le premier test a laissé apparaître une très légère deuxième bande rose au bout de 10 minutes (qui est l’extrême limite de validité du test). J’ai fait ce test tous les matins jusqu’à J9 post transfert. La deuxième bande est apparue plus tôt et plus foncée. Attention, vous pouvez très bien avoir un matin une bande légèrement plus claire que la veille et ça ne veut rien dire. Alors, ne faites pas comme moi, ne paniquez pas ! Si j’ai commencé les tests aussi tôt cette fois-ci, c’est que j’étais dans tous mes états et aussi que j’ai ressenti un léger chatouillis dans le bas du ventre. Une sensation que j’avais totalement oubliée, mais que j’avais ressentie en 2011 lors de ma toute première grossesse. Donc, impossible de ne pas vérifier !

A J9 post transfert, j’ai aussi fait le test ClearBlue en espérant de toutes mes forces voir apparaître « enceinte 2-3 » et non « enceinte 1-2 » car un taux hcg plus élevé me donnerait davantage d’espoir. Et pour la première fois « enceinte 2-3 » est apparu ! Il faut m’imaginer pendant toutes ces étapes le cœur battant comme un fou et les mains tremblantes.

A J10 post transfert, le 21 novembre 2016, je suis allée de bon matin faire ma première prise de sang. Pour une raison inconnue, les résultats sont tombés très tard, en fin d’après-midi. J’ai cru mourir. J’ai fait une crise d’angoisse, assise sur mon canapé, avec des difficultés à respirer, dans l’impossibilité de faire quoi que ce soit, même de regarder la télé, mon téléphone à la main, attendant le sms avec les codes pour consulter les résultats sur internet. Et enfin, le sms est arrivé. En réalité, j’ai reçu deux sms car j’avais fait une autre analyse en même temps (les plaquettes pour le Lovenox, je crois). Mes mains se sont remises à trembler. Dix fois, j’ai entré le mauvais code (celui des plaquettes,  dont je n’avais rien à faire évidemment). Et enfin, la page est apparue. J’ai d’abord eu un petit moment de flottement car mes yeux sont tombés sur le taux précédent (qui était un taux post fausse couche, donc pas brillant). Et puis je l’ai vu : 493 ! Un record pour moi ! Un taux qui ressemble à celui des pmettes dont la grossesse se termine par l’arrivée d’un bébé et non une fausse couche ! Je sais (hélas) que ce n’est pas une garantie, mais mon cœur est gonflé d’espoir. Je suis parallèlement déjà angoissée par la peur que le taux ne double pas à J12 post transfert.

Mais à J12 post transfert, le 23 novembre 2016… 1327 ! Ça a plus que doublé ! x 2,5 !

Et le 25 novembre 2016, à J14 post transfert… 3470 ! Encore x 2,5 !

Ah ! la la ! ce mélange d’espoir fou et de peur immense !

Le jour-même, j’ai reçu un appel de la secrétaire de Cérès. Je dois arrêter les prises de sang et j’ai un rendez-vous le 16 décembre. Ah ! ce fameux rendez-vous ! Celui où les autres entendent le cœur de leur espoir de bébé battre pour la première fois ! Celui déjà programmé 5 fois pour finalement parler, de geu, de fausse couche ou de stratégie post échec…

Une nouvelle attente commence. Ai-je raison d’espérer ? Une fois encore… Ou vais-je, comme d’habitude, me prendre une claque dont je sais qu’elle sera plus terrible encore que toutes les autres ?

Mes pensées tourbillonnent, oscillant de l’espoir à la terreur à une vitesse vertigineuse…

 

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Sixième voyage

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Comment croire que l’issue sera différente quand c’est la sixième fois ?

Petite nouveauté, comme les billets n’ont pu être pris qu’au dernier moment, nous avons dû faire une escale à Düsseldorf. Le voyage a duré 12 h entre le moment où on est sorti de chez nous et celui où on est arrivé à Brno. Sinon, même voyage en train, mêmes hôtels, mêmes restaurants…

Juste après le transfert, le 11 novembre 2016, le médecin m’a fait pleurer en me disant que j’avais l’air triste. Je lui ai rappelé qu’il s’agissait de mon sixième transfert. C’est sûr que j’ai perdu ma fraîcheur et que mes yeux ne brillent plus d’espoir comme les premières fois… Il me dit qu’il faut que cette fois-ci soit la bonne. S’il suffisait de le vouloir…

Que ce voyage est difficile. J’ai peur que ce soit le dernier car je sais que mon chéri veut arrêter, même si nous n’en avons jamais discuté car il m’a fait part de son ressenti à des moments où j’étais KO, donc le silence a été ma seule réponse possible. J’ai peur qu’il aborde le sujet pendant le voyage, car je me sens incapable d’affronter cette discussion. Mais finalement non. Il a été adorable, alors que pourtant je sais qu’il ne croit pas tellement à cette tentative.

Dans ma tête, ça tourbillonne. Je ne sais plus si j’ai raison de croire au fond de moi que ça peut marcher, que deux essais (avec le même couple de donneurs) en double don, c’est trop peu pour décider de renoncer. Je pense aussi à Cérès qui croit que LE problème est mon endomètre fin. Si c’est réellement le cas, le double don n’arrangera rien. Mon incapacité à me projeter sans enfant me brouille peut-être l’esprit. Je ramène toujours un petit souvenir de Prague, ville que j’adore, sauf cette fois-ci. J’ai la pensée fugitive que c’est peut-être parce que je ramènerai un bébé de ce sixième voyage. Juste après, je me fais pitié d’avoir eu cette pensée.

Nous sommes le 12 novembre 2016 et une nouvelle attente commence…

 

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